PLAN TERRITORIAL DE PREVENTION ET DE GESTION DES DECHETS ET DE L’ECONOMIE CIRCULAIRE

PLAN TERRITORIAL DE PREVENTION ET DE GESTION DES DECHETS ET DE L’ECONOMIE CIRCULAIRE :

L’IMPOSTURE

L’ANALYSE DU COMITÉ ANTI-MAFIA MASSIMU SUSINI

Le Collectif Anti-Mafia Massimu Susini communique sur la grave décision que l’Assemblée de Corse s’apprête à voter : elle vise à permettre aux grands groupes français, alliés aux grandes entreprises corses du déchet et du bâtiment de rafler un marché du traitement des déchets ménagers et assimilés de plus de 70 millions d’euros par an.
Sous des apparences nobles de tri et de recyclage, le plan déchet qui s’apprête à être voté lors de la séance plénière des 25 et 26 février 2021 est doublé d’un volet incinération de grande ampleur.
Le discours se veut rassurant en annonçant la fin définitive de l’incinération. Un artifice sémantique permet d’éviter le terme d’incinération, mais l’exécutif s’apprête à laisser le champ libre aux apprentis sorciers de la valorisation énergétique, bref du brûlage des déchets des ménages.
Ce volet incinération doublé d’une délégation complète du service au privé est déjà entériné par tous les acteurs publics en charge du dossier – Préfet, Président de l’Exécutif, Directeur de l’ADEME, SYVADEC – puisque personne n’a contesté le marché de conception, réalisation, exploitation et maintenance de l’usine de traitement des déchets de la CAPA publié le 8 janvier 2021 et qui demande aux groupements candidats de s’appuyer sur les techniques de fabrication et de « valorisation » de combustible solide de récupération (CSR).

1 – Rappel de l’historique de la gestion des déchets en Corse
A l’origine le Plan de gestion des déchets relevait de l’Etat.
En 2002 la Collectivité Territoriale de Corse se voit attribuer la compétence de planification de la gestion des déchets.
Le plan de gestion des déchets préparé par la CTC et le Syvadec entre 2005 et 2007 prévoyait un tri à minima et un incinérateur pour l’ensemble de la Corse à positionner du côté de Ponte-Leccia.
Une forte mobilisation populaire animée par le Comité Anti- Incinération et Pour une Gestion Saine des Déchets avec un contre-projet à l’appui a eu raison de ce plan qui a été retiré du vote.
L’incinération a alors été à juste titre jugée par les Corses comme le plus cher, le plus polluant et le plus aliénant des systèmes de traitement des déchets (on en prenait pour 25 à 30 ans, sans pouvoir changer de technique tant les investissements étaient élevés). Le contre- projet était lui basé sur le tri à la source, le traitement en usines de tri et de compostage avec un objectif de valorisation de 65 % et une mise en centres d’enfouissement de 35 %.
En 2010, dès l’élection de Paul Giacobbi et Dominique Bucchini, l’Assemblée de Corse vote un renoncement aux traitements thermiques et met en place les bases d’un plan de gestion basé sur le tri et l’enfouissement de ordures ménagères résiduelles.
Quelques mois avant les élections territoriales de 2015, le Plan de Prévention et de Gestion des Déchets Non Dangereux est approuvé par l’Assemblée de Corse.
Les listes Gilles Simeoni /Jean Guy Talamoni sont élues en décembre 2015. Dès mai 2016, l’Assemblée de Corse vote un Plan d’Action innovant basé sur la collecte et le compostage généralisés des biodéchets, le tri des emballages, des centres de sur-tri d’urgence pour les ordures ménagères résiduelles et pour le moyen terme deux usines de tri pour les emballages, les cartons, les bennes de tout venant de déchetteries qui contiennent notamment de nombreux plastiques, et les ordures ménagères résiduelles. Le tout pour atteindre à minima 60 % de valorisation matière.

En 2018, après de nouvelles élections territoriales, le plan de 2016 étant inappliqué depuis 2 ans et remisé malgré une crise des déchets qui s’amplifie, un nouveau Plan d’Action est voté par l’Assemblée de Corse et marque un premier recul : délais de mise en place reculés, déplacement de la notion de gestion publique des déchets vers la notion de partenariat public/privé, premières allusions officielles au retour vers la combustion des déchets.
Il est vrai que les Préfets successifs, l’ADEME et le SYVADEC n’ont pas manqué d’insister au cours des années passées sur la « nécessité » d’avoir recours à la combustion des déchets…curieuse manière de défendre l’intérêt public que de prôner les méthodes de traitement les plus chères, les plus polluantes et les plus rejetées par les Corses……mais aujourd’hui en passe d’être mises en place par la majorité nationaliste à l’Assemblée de Corse.
2 – Le problème posé par le projet de Plan Territorial de Prévention et de Gestion des Déchets soumis à délibération de l’Assemblée de Corse le 25 et 26 Février 2021
Décembre 2020 : l’Exécutif présente son projet de nouveau du Plan Territorial de Prévention et de Gestion des Déchets et de L’Economie Solidaire qui prévoit entre autres méthodes de traitement la production de Combustibles Solides de Récupération (CSR) et leur « valorisation énergétique », en d’autres termes une incinération déguisée.
En quelques jours, les réactions, dont celle, immédiate, du Comité Anti- Mafia Massimu Susini sont nombreuses…et la délibération est retirée de l’ordre du jour.
Erreur de formulation, balayage global des techniques sans pour autant les appliquer, obligations réglementaires…..toutes ces explications ont été mises en avant pour expliquer le retour aux solutions thermiques de traitement des déchets….sauf que inscrites dans le Plan elles peuvent être immédiatement mises en oeuvre et opposables aux tiers et que la CAPA n’a même pas attendu le vote du Plan pour lancer son marché d’usine (exploitation concédée pour 138 mois – soit 11,5 années) dont le process central est la production de Combustible Solide de Récupération.
Si la création d’Incinérateurs sans valorisation énergétique et d’usines de Tri Mécano Biologique (usines de tri sur ordures brutes produisant des compost impropres à l’agriculture et des matières recyclables souillées à faible valeur ajoutée) sont maintenant interdites en Europe, et par conséquent en France, le Législateur a autorisé des formes alternatives de combustion de déchets : les unités de valorisation énergétiques brulant (ou plus rarement gazéifiant) du Combustible Solide de Récupération.
Comme pour l’incinération classique, le but est de brûler des déchets triés dans les ordures ménagères résiduelles ou des Déchets des Activités Économiques (plastiques, papiers et cartons, bois, textiles ou des palettes de bois de classe B peintes, traitées ou fabriquées partiellement avec des bois agglomérés). La combustion de ces déchets permet de produire de l’électricité ou des réseaux de chaleur (eau chaude circulant dans des réseaux sous-terrain pour chauffer des bâtiments – ou de vapeur pour alimenter des unités industrielles).
Après le retrait du texte en décembre, on pouvait donc s’attendre à la présentation d’un document radicalement différent pour la prochaine session de l’Assemblée de Corse. Il n’en n’est rien.
Le Plan projet de Plan soumis au vote n’a pas été modifié d’une virgule.
Seul le discours du rapport de présentation du projet de délibération est un peu édulcoré…mais maintient le recours au CSR et à la « valorisation » énergétique en excluant l’incinération….ce qui est un minimum car celle-ci, sans valorisation énergétique, est interdite par la Loi.
Le nouveau projet régional des déchets est bien celui d’un attelage dont tous les acteurs sont parfaitement d’accord pour se débarrasser du problème au prix fort et au profit des grands groupes: Préfet et Directeur de l’ADEME représentant l’Etat – Président de l’Exécutif et Président de l’Assemblée de Corse – Président de l’OEC – Président du SYVADEC – Président de la Communauté d’Agglomération du Pays Ajaccien et Président de la Communauté d’Agglomération de Bastia – Grands Groupes français et « investisseurs » corses .

3 – Comment y voir clair ?
Que disent le rapport de présentation de la délibération présentée au vote des Conseillers territoriaux et le Plan ?
Le rapport dit tout et son contraire, et il est le reflet du plan qui laisse toutes les options possibles, mais oriente systématique vers la production de Combustible
Solide de récupération alors que le Tri à la source est élevé au rang d’objectif stratégique et prioritaire ».
Quelques extraits :
« …différentes méthodes de valorisation énergétique ont été par principe étudiées et répertoriées. Cette analyse objective a permis de confirmer et de conforter définitivement le choix constant défendu par le Conseil exécutif de Corse, à savoir le refus de mettre en place une unité de Valorisation Energétique de type incinérateur »
Mais quelques lignes plus loin le rapport retient deux options pour le Plan :
– Soit la filière basée sur la méthanisation et la production de CSR…..
– Soit la filière basée sur les centre de surtri au fonctionnement modulable pour la collecte sélective et les OMR, avec fabrication des CSR……
Les CSR sont toujours présents, y compris dans la seconde filière…. Surprenant car le CSR est bien le matériau destiné à être brulé.
La seconde filière, présentée comme vertueuse, est privilégiée par le Plan. Elle est pourtant un leurre et le signe d’un énorme renoncement :
– Soit le Plan affirme la priorité au tri et s’appuie sur des collectes séparatives très performantes et sur des centres de tri très performants comme il en existe aujourd’hui beaucoup en Europe, et il ne reste plus assez de matière non triée pour fabriquer du CSR (il resterait alors 40 000 tonnes/an à mettre en centre d’enfouissement pour toute la Corse…. Contre plus de 150 000 tonnes aujourd’hui… mais cette option n’est pas retenue et pourtant elle est la seule voie économiquement réaliste et honnête vis-à-vis de notre environnement et des engagements et luttes passées
Soit le Plan, et c’est la pire solution retenue, prévoit des collectes séparatives et des centres de tri peu performants pour pouvoir produire du CSR, les incinérer et produire de l’électricité. C’est là un basculement majeur dont les conséquences financières seront catastrophiques pour les corses, les effets nocifs pour l’environnement et pour la prévention de la production de déchets.
Il y a bien aujourd’hui une volonté affirmée d’aller vers le traitement thermique des déchets. D’ailleurs le projet de délibération ne cite pas dans ses attendus la délibération de l’Assemble de Corse du 25 novembre 2010 qui actait notamment le renoncement au traitement thermique des déchets.

Que dit la réglementation ? Peut-on faire autrement ?
Extrait du Code de l’Environnement – Article 541-1 – 1 – Alinéa n°9 en vigueur depuis le 31 juillet 2020 –
9° Assurer la valorisation énergétique d’au moins 70 % des déchets ne pouvant faire l’objet d’une valorisation matière d’ici 2025. Cet objectif est atteint notamment en assurant la valorisation énergétique des déchets qui ne peuvent être recyclés en l’état des techniques disponibles et qui résultent d’une collecte séparée ou d’une opération de tri, y compris sur des ordures ménagères résiduelles, réalisée dans une installation prévue à cet effet. Dans ce cadre, la préparation et la valorisation de combustibles solides de récupération font l’objet d’un cadre réglementaire adapté.
Cet article du Code de l’environnement, tout récent fait l’objet d’une interprétation très laxiste par le Ministère de l’Environnement et les Préfets, et il n’y a pas encore de jurisprudence sur cet article.
En clair, en l’état des techniques disponibles si vous n’avez pas réussi ou voulu mettre en place une politique très efficace de tri, vous devez brûler 70 % des déchets qu’il vous reste après tri. Donc le tour est joué et la solution thermique devient une obligation légale !
En revanche, Il est incontestable si la Corse se donne les moyens d’atteindre les objectifs réglementaires de tri – emballages -biodéchets – cartons, bois, plastiques, textiles – par un tri à la source et par des installations performantes e tri il n’y a aucune obligation réglementaire de recourir au CSR et à la combustion des déchets.
Quelle est la réalité du CSR en Europe aujourd’hui ?
Le CSR est aujourd’hui principalement utilisé en Europe par les pays ou les régions qui sont confrontés à trois types de problèmes :
– Les pays qui doivent justifier d’une sortie de la dépendance de la production d’électricité au charbon (l’Allemagne produit et consomme aujourd’hui 50 % des CSR européens avec 9 millions de tonnes). La France un des pays d’Europe qui en produit le moins avec 0,2 millions de tonnes.
Les CSR produits et consommés en Allemagne, ou dans les Pays de l’Est par exemple, sont essentiellement destinés aux cimenteries, alors que les autres cimentiers européens acceptent de moins en moins de CSR, préférant les pneumatiques usagés car leur combustion et leur composition chimique beaucoup plus simples à gérer. Pour l’Allemagne il s’agit d’un véritable Plan National intermédiaire qui lui permet de sortir progressivement de la dépendance au charbon et au nucléaire.
Un projet correspondant à la volonté de substituer le CSR au charbon est actuellement porté en France par la Société Dombasle Energie (actionnaires Veolia et Solvay) à Dombasle sur Meurthe près de Nancy, pour alimenter en énergie l’usine de fabrication de carbonate de sodium de la Société Solvay. Le projet est dimensionné pour brûler 368 000 tonnes/an de CSR avec un plan d’approvisionnement sur un rayon de 350 km autour de l’usine.
– Les pays et régions qui ont des installations de TMB (tri mécano biologique) vétustes et par définition peu performantes sur le tri mais non encore amorties, et qui avec des transformations techniques simples peuvent produire du CSR. C’est par exemple le cas de la France qui dispose d’usines de TMB souvent payées très chères mais peu performantes donc constituant des gouffres financiers, et qui avec la production de CSR trouveraient une nouvelle rentabilité économique
– Les unités urbaines qui ont des incinérateurs (à lit fluidisé ou à grille) dont la durée d’exploitation peut-être encore de plusieurs années et qui les transforment pour y injecter du CSR et produire de l’électricité.
Pour ces raisons essentiellement économiques et liées à la part du charbon dans le mix énergétique, la combustion des CSR est donc facilitée par l’Europe, en contradiction avec les objectifs de recyclage, et n’est plus considérée comme une incinération (donc un traitement de déchets) mais comme une fourniture d’énergie (chaleur et/ou électricité).
La Corse n’est absolument dans un aucun de ces trois cas de figure : elle dispose d’énergie et elle a toutes possibilités de renforcer son parc éolien ou solaire et de mettre en place des politiques de réduction de la consommation énergétique.
Et il ne faut pas compter exporter le CSR pour le brûler ailleurs, le marché européen étant en voie de saturation à l’exception des pays légèrement importateurs comme les Pays Bas, la Suède ou l’Autriche…. Il faudra donc les brûler sur place !
Quel est donc l’intérêt technique ou financier de valoriser les déchets par la combustion ?
La combustion ou la gazéification du CSR sont des procédés industriels qui entrainent des rejets toxiques et instables difficiles à contenir et à traiter.
Ils sont les mêmes que ceux de l’incinération classique : cendres volatiles à très forte toxicité (notamment due aux dioxines et métaux lourds) à capter dans des filtres, fumées acides à traiter par voies sèche ou humide, production de mâchefers (carbonisation et induration de certains éléments organiques) qu’il faut dépolluer, formation de goudrons.
Les rejets toxiques sont minimisés dans le projet de Plan et dans le rapport de présentation : 2,5 % du poids des CSR incinérés annoncés pour les REFIOM (cendres toxiques captées dans les filtres) plus proche de 4,0 % en réalité, ce qui représente à minima 3000 tonnes /an de produits toxiques à expédier sur le Contient en Centre d’enfouissement de produits dangereux (Classe 1), à un prix qui sera compris entre 700 et 1000 euros/tonne…
7 % du poids des CSR annoncés pour les mâchefers alors que la moyenne usuellement retenue pour les installations de combustion de CSR est de 18 % avec un coût de dépollution inconnu pour la Corse, la taille d’une installation locale étant critique… faudra-t-il aussi envoyer les mâchefers sur le continent au prix fort pour les dépolluer ?
Et le Plan oublie complètement les déchets issus de l’épuration des fumées (filtres, matières textiles filtrantes…) qu’il faut dépolluer sur des installations spécifiques sur le continent…. et qui représentent entre 2,5 % et 3 % du poids des CSR brûlés….
Bref, la Corse va produire du CSR, le brûler et se retrouvera avec près de 25 % d’éléments à dépolluer ou à diriger vers un centre d’enfouissement pour déchets dangereux. Extrêmement cher, extrêmement juteux pour les titulaires du marché !
Les difficultés d’exploitation ne sont pas mineures non plus : la composition des déchets brûlés est sans cesse différente et la combustion irrégulière. Ainsi le mix de polluants dégagés est de composition très variable et doit être soumis à des analyses constantes.
Les chaudières à CSR envisagées en Corse sont de petite capacité au regard des grandes installations européennes, mais les dispositifs de dépollution à mettre en place seront extrêmement onéreux par rapport à la capacité de production en énergie.
Il n’y donc aucune justification technique pour produire du CSR et s’encombrer de rejets toxiques. Un tri à la source très efficace doublé de plateformes de compostage et de deux, centres de tri très performants nouvelle génération, voire un troisième pour l’Extrême Sud, gérés par une Société Publique Locale Régionale seraient garants d’un investissement global environ 4 fois moins cher, d’un enfouissement final 2 fois moins important et d’un coût global de fonctionnement 2 fois inférieur à la non-solution amenée par le Plan.
Comment se met en place la nasse dans laquelle nous amène l’Exécutif de Corse ?
Qui fait l’interface entre tous les acteurs du projet de réintroduction du traitement thermique des déchets en Corse (Etat – Elus du Syvadec et de la CTC – Bureaux d’Etudes – Entreprises Corse et Grands Groupes Privés français) depuis 2016 ?
Est-ce pour cela que le Plan d’Action voté par l’Assemblée de Corse en 2016 a si vite été enterré et que la crise des déchets n’a jamais été résolue à ce jour ?
Qui a organisé la très rentable opération d’expédition de balles de déchets ménagers vers les incinérateurs du continent et organisent aujourd’hui le marché de l’usine d’Ajaccio ?
Il est d’ailleurs singulier de constater comment s’enchainent les évènements et communications successives depuis 2 mois : plan déchet retiré de l’ordre du jour le 20 décembre 2020, marché de l’usine d’Ajaccio lancé le 8 janvier 2021, interview dans Corse matin du ……..du Directeur de l’ADEME défendant pour la Corse une filière de combustion des CSR en mélange avec de la biomasse….(il oublie de dire que la biomasse en question ce ne sont pas des arbres propres…mais des palettes dites de classe B, parce que polluées et dont personne ne sais quoi faire en Corse. Il serait si simple, mais moins juteux pour quelques-uns de ne pas laisser entrer en Corse ce type de déchets une simple réglementation ….) . Nouvel article dans Corse Matin en date du 16 février pour expliquer aux corses que l’incinération est définitivement abandonnée…. Et enfin vote programmé à l’assemble de Corse pour le 25/26 février sans qu’une seule ligne d’un Plan reniant tous les principes de la lutte menée contre l’incinération ainsi que toutes les combats environnementaux qui ont soudé les corses depuis 50 ans ne soit modifiée.
Nous affirmons que les jeux sont déjà faits pour l’attribution du marché de conception-réalisation – exploitation – maintenance de l’usine de traitement des déchets sur la base d’un process reconnu par les spécialistes comme le plus cher, le plus difficile à maitriser techniquement, le plus polluant et le plus inutile pour la Corse.
Cela entrainera une situation de monopole, la création artificielle d’une filière nouvelle dont nous serons dépendants pendant au moins 20 ans, et dont certains tireront un profit maximum.
Qui de nos élus appelés à voter ce plan connait les installations de combustion de CSR ? Qui en a visité et qui a développé une expertise dans ce domaine ou s’est appuyé sur des expertises pour étayer son vote ?
Qui de nos élus appelés à voter a visité des centres de tri performants ? Qui peut affirmer dignement que la filière thermique est une chance pour la Corse par rapport à un tri poussé ?
Qui sait parmi nos élus amenés à se prononcer dans quelques jours, que les cours des produits recyclés sont en forte augmentation parce que le marché mondial se recompose et que l’Europe s’appuie maintenant sur les capacités de recyclage du plastique développées en Turquie ( après l’ arrêt brutal du marché chinois) , ce qui va favoriser la stabilité des prix des plastiques recyclés pendant plusieurs années ? La Corse s’apprête au contraire à brûler ses plastiques au lieu de les préparer en Corse pour les revendre à des fins de recyclage !
Nous considérons que la ligne rouge est définitivement franchie. L’Exécutif après avoir couvert les pires dérives mafieuses par son attentisme en matière de bétonisation et de non-respect de la Loi Littoral, se met maintenant directement au service de l’Etat, des Grands Groupes et des entreprises les plus voraces de Corse

Nous demandons le retrait de ce Plan contraire à l’éthique et qui enfoncera toujours plus la Corse.
Revenez à la réalité ! Ayez enfin le sursaut de dignité nécessaire pour que vos enfants ne vous reprochent pas demain d’avoir bradé la Corse à des seuls intérêts économiques !
Nous appelons tous les corses à s’opposer vivement au mensonge. Nous vous engageons à protester et à exiger le retrait immédiat du Plan Territorial de Protection des Déchets et l’application immédiate de mesures simples de tri généralisé, la construction et la gestion publique de centres de tri hautement performants, la mise en place d’outils performants de compostage et l’abandon immédiat du recours aux solutions thermiques de traitement des déchets.

Séjour sur les terres libérées de la mafia

Fin 2019, Crim’HALT remporte un second un appel projet européen Erasmus+ dit « Mobilité de l’Education des Adultes« .

Projet 2019 : séjour sur les terres libérées de la mafia : mieux faire face à la grande criminalité en France

ECOPASS (european connexions contre le crime organisé et la promotion d’alternatives sociales) est un séjour de formation au cœur des coopératives antimafias en Italie, pensé avec la fondation Terre de Liens et l’association Culture Contre Camorra. Retrouvez la plaquette présentation :Télécharger

Pendant 5 jours, des membres de l’association spécialistes du secteur associatif et de l’économie sociale et solidaire visitent, débattent, interagissent avec les acteurs du quotidien sur des biens confisqués aux criminels dans la Région de Reggio en Calabre grâce au partenaire italien : la Coopérative Valle del Marro Libera Terra :

Francois Fameli vice-président CH & directeur du média CaféBabel magazine, Francesa Festa, chargé de mission à CaféBabelElise Van Beneden présidente d’AnticorJean-Pierre Caron trésorier de Terre de liensLucile Garçon chercheuses en sciences socialesFabrice Rizzoli co-fondateur de Crim’HALT, Philippe Lacroix chargé de mission pour le Haut Comité pour le logement des personnes défavoriséesRocco Femia journaliste & directeur de la revue culturelle RadiciHélène Constanty journalisteChristophe Andrée lanceur d’alerte et administrateur de la Confédération syndicale des familles, Franco Ianiello président Ianniello de l’associationCulture contre Camorra, Héloïse Rambert journaliste, Hélène Wagner exploitante agricole, lanceuse d’alerte, Jean-François Durazzo membre du collectif Massimu Susini Isabelle Souquet journaliste radioPaule Casanova-Nicolai journaliste Corse MatinStefano Vosa Grand Reporter Image, Julien Marcy réalisateur

sont en Italie du 7 au 12 pour apprendre les « bonnes pratiques » dans le combat contre le crime organisé à l’aide de l’usage social des biens confisqués. Sur la photo plus haut, le groupe devant le bien libéré de la mafia en Calabre. Cette maison imposante confisquée au clan Versace en 2006 est mise à disposition de la paroisse. En lieu et place d’un bar de mafieux et de lieux de violence contre les entrepreneurs qui ne voulaient pas payer racket : une auberge où le groupe a résidé, un centre d’activités pour les jeunes du quartier et un centre de soin ambulatoire pour tous.

L’objectif de ces projets cofinancés par le programme Erasmus+ de l’Union européenne : être armés pour obtenir un dispositif de restitution aux citoyens des biens confisqués ou être prêts lorsque ce dispositif sera en place…

Historique du plaidoyer :

Depuis 2009 FLARE France, ancêtre de Crim’HALT avec le soutien de Libera France milite pour se dispositif (cf. Lobbying antimafia à Bruxelles)

2014, l’association Anticor intègre dans son plaidoyer l’usage des biens confisqués.

2015, lors de semaine européenne contre le crime organisé, Crim’HALT bénéficie du soutien de l’association « Culture contre la Camorra »

2016, le monde l’ESS obtient l’usage social des biens confisqués mais le Conseil Constitutionnel prive les citoyens de l’unique moyen de changer les mentalitésé

2018, Terre de liens soutien le plaidoyer de Crim’HALT (cf. Tribune Reporterre)

2019, le Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées soutient l’objectif de Crim’HALT visant à une utilisation sociale des biens mal acquis en particulier pour développer l’offre de logements pour les personnes vulnérables

En 2020l’Assemblée nationale vote pour la seconde fois l’usage social des biens confisqués mais le confinement empêche le vote définitif…

12.09.2020 discours d’hommage de Rinatu Coti

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A lucidità

In unu di i so salmi, u salmistu, veni à dì Davidu, rè ebreiu dici :
“T’ani l’ochja è ùn vèdini micca”.
Avarà vulsutu mintuvà solu l’ìduli indiffarenti, i stàtuli alzati, i
viteddi d’oru ? Innò sicura. U dettu corsu hè colmu à saviezza :
“l’ochji sò d’acqua”. Veni à dì à l’accorta chì omu ùn si pò fidà
cusì à a prima di ciò ch’eddu vedi.
Prima di mora in 14 duranti a Grandi Guerra, nutava Charles
Péguy : “Il faut toujours dire ce qu l’on voit : surtout, il faut
toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.” Stu mònitu
puèticu putenti era estèticu quant’è pulìticu. Un antru chì aia
fattu a listessa guerra, Georges Bernanos scrivi in 1938, in u
listessu filu : “Il faut voir. Il faut comprendre. Voilà.”
Semu Corsi par vìa di a leia singulari chè no t’emu cù a Corsica.
Veni mali à dà una difinizioni chjara è capiscitoghja di sta leia. Ùn
si tratta par appuntu di calcosa matiriali, cuncretu, tuccatoghju.
Hè di l’òrdini mintali. L’ochja carnali ùn a vèdini. Ùn poni essa cà
l’ochja intiriori, mintali ; spirituali, à disciffrà sta leia. Hè propiu
u rapportu chè no t’emu cù l’ìsula di Corsica. A Corsica hè una
muntagna à mezu mari, una terra avvinta ad acqua. Cù tanti
sèculi di storia, di spirienzi umani. Cù a so lingua propia. Chì, ad
avà s’hè mantinuta trè bè è mali.
Sta leia, stu rapportu, hè chì a cuscenza stòrica di u pòpulu corsu
hà fattu di una terra un Locu. U Locu si contrapponi à a terra. A
2
terra si compra è si vendi. Si spiculeghja. Si subbàccani i
cimiteria, lampendu l’ossa par aria, si vèndini i ghjesgi, i sipolcri
dundi ripòsani i santi. Si custruisci accindendu candeli à santu
parpaing.
Sta nuzioni di Locu hè u puntu maestru di a nostra cultura longu
i sèculi. Hè una custruzzioni mintali, immatiriali. Ùn hè cuntinuta
in nisun stuvigliu. Stu Locu hè u nostru lumu chì canna a
bughjura com’è una frezza infiarata. Ma inveci di lumu
diciaraghju luci. Datu chì a luci hè a fonti, è u lumu veni da a luci.
Stu Locu hè propiu u situ anticu di i misteri chì ci vàrdani. Oghji
u pòpulu corsu hè cacciatu da a so terra, calcicatu in i so dritti da
nazioni stòrica. Ramintemu chè no fummu a prima ripùblica cù a
so custituzioni scritta. Ma ùn àiami micca drittu à u Sèculu di i
Lumi, ci tuccava in mala sorti u Sèculu di u Tarrori.
Quandu unu vidìa ciò chì l’altri ùn vidìani micca, si dicìa : “U
tali vedi”. Di fatti, avìa a capacità, dàtuli da a sorti, di veda drentu
à sè, ciò chì, di fatti, era drentu à tutti, ma chì altru nimu cacciatu
à eddu pudìa veda. Hè un fattu di cultura, di a nostra cultura, a
leia cù u Locu. L’aghju ditta hè una rilazioni immatiriali, chì a
cultura tramanda. Hè un misteru assulutu. Ogni Corsu n’hè
partificianti. Veni à dì ch’eddu hè coeredi di sta cultura fonda
scritta in a mimoria di i sèculi di i sèculi, propiu nanzi à a ghjunta
di u cristianìsimu circa u IIu o u IIIu
sèculu di l’èpuca cristiana.
Ordunqua si tratta di tuttu ciò chì arriguarda u nosciu
paganìsimu isulanu.
3
A petra. A Corsica hè una petra. O megliu ancu, unu scogliu. In
a tradizioni univirsali, a petra teni un postu di prima scanurza. U
rapportu hè strettu trà l’omu è a petra. Sicondu a lighjenda di
Prumiteu, prucriatori di u ghjènaru umanu, i petri ani trattinutu
un odori umanu, un sisu carnali. A petra è l’omu prisèntani un
doppiu muvimentu di cuddata è di falata. A petra schietta scendi
da u celi ; trasmutata, s’alza ad eddu. In Rumanìa, a tradizioni
stabilisci chì Cristu saristi natu da una petra scesa dal celi. È
Cristu quand’eddu stituisci à quiddu chì sarà à capu di a so
Ghjesgia dici à Simonu (frateddu d’Andrìa) « sè filici tù, o Simò,
figliolu di ghjonas (…) A ti dicu chè tù sè Petru, è chì nant’à sta
petra custruiraghju a me Ghjesgia. (…) Traduzzioni prutistanti
da Louis Segond in 1910 di u Vangelu di Matteiu. À Petru u
chjàmani dinò Céphas. In principiu di u so Vangelu (traduzzioni
di u canònicu Augustin Crampon, edizioni di 1928), Ghjuvanni
dici (1-42) : « Or, Andrìa, frateddu di Simonu-Petru, era unu di i
dui ad avè intesu a parola di Ghjuvanni, è ad avè suvitatu à
Ghjesù. Scuntreti prima u so frateddu Simonu, è li dissi “Avemu
trovu u Missìa (ciò chì traduci Cristu).” È l’avvicineti da Ghjesù.
Ghjesù, fighjulàtulu, dissi : “Tù, sè Simonu, figliolu di Ghjonas ;
sarè chjamatu Céphas (ciò chì si traduci Petru).” Or Céphas est
una parola aramàica o siriaca Kéfâ, chì significheghja petra.
U Missìa, aia vistu à Petru, ma aia ancu vistu ciò ch’eddu aia
vistu, drentu à Petru, c’era Kéfâ.
4
U scogliu ùn hè solu a chjappa chì sfiurizzeghja à gallu di mari,
di fiumu, hè ancu a chjappa chì sfiurizzeghja à gallu di terra. A
Corsica hè un’immensa chjappa incirniata à mari, unu scogliu in
mari. Dundi a casa sarà più ferma cà fatta nant’à a chjappa, u
scogliu ? Si custruisci dunqua propiu dirittamenti nant’à a
chjappa dundi a casa pari sorghja è alzassi. Casa dolci è trimenti,
uspitaliera è numica. Tocca è tocca o tremindui in un tempu. Sta
casa di a terra rispondi com’è unu spezia di contraccambiu à
l’altra casa, a casa di u celi, doppiu simbòlicu di a prima. Faci chì
stu celi ùn hè com’è un èteru, bensì com’è una superficìa dura, di
a petra. Ci sarà ghjastema più orrenda ? Ch’edda ti falghi l’aria à
pezzi ! (que le ciel te tombe sur la tête en morceaux !). O peghju :
Ch’eddi ti fàlghini l’ànguli è i triànguli ! (puissent te choir sur la
tête des angles et des triangles !). Ch’eddi ti fàlghini l’ànghjuli è
l’arcànghjuli!
Ma tutti sti storii di petri, o aneschi o parechji, t’ani à chì veda
cù i morti. Dicu bè i morti è micca a morti. Raconti antichi dani
tistimunianza chì fili invisìbuli ci tènini stretti è ci vìdani. Da
scansalli, c’era un usu cunghjuratoriu, à meziornu è à mezanotti,
prima di varcà una vadina, si lampava trè pitrucceddi in acqua.
Trè chì hè u sciffru di a morti. Ma di più ancu di pitrucceddi in i
tempi da furmà u muchju, chjamatu dinò ‘hermès’, è chì hè
furmatu lampendu una petra o una vetta nant’à una mora à u
locu stessu dundi un omu hè statu uccisu in modu viulenti. St’usu
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era cunnisciutu in tuttu u Maritarraniu. Hermès vardava i stradi
è i crucicvii.
Quandu si supilliva in a terra è micca in l’arca, s’usava à ficca
una petra in testa di a fossa è un’antra à u pedi. Dopu l’usu hè
cambiatu. Si missi in testa una croci, pà u più in petra o in farru
stazzunatu. Sti petri ramèntani i ceppi di u latinu cippus, culonna
tronca nant’à i sipulturi, ma ancu tàrminu. Sti petri sò scritturi in
terra, veni à dì giugrafìa. Sò indizii, vistighi, ma ancu attrazzi
d’esorcìsimu. U segnu, signà, fòrmani un insemu.
Sti petri pisati sò tàrmini, in ogni sensu di a parola. Ognunu hè
una parola è una lìmita, puru sì in certi di i nostri parlati l’usu hà
stabilitu una diffarenza : tàrmini è tèrmini.
Eppo’ ci voli ad evucà sti petri pisati, veri cantona, certi volti
riaduprati in i casi o in u subbassu di catidrali, com’è in Savona, I
stàntari. Cù u verbu stantarà : firmà sopr’à locu senza mòvasi. Sò
tamanti petri lungaruti, alzati da più di trè o quattru millenia fà.
Sti petri sculpiti, antrupumòrfichi. Chì c’insègnani ? Chì ci voni
dì ? Misteru. Ma si pensa à a spiccia, attu di pona a prima petra di
una casa. S’eddu si stendi una stàntara da una sponda à l’altra di
una vadina si forma un ponti, ciò chì arriguardu u simbòlicu, hè
un locu di scambiu rigulatu, datu ch’eddu faci lìmita. Una forma
allungata, hè un corpu stesu, stabilizatu. Un corpu cumunu, una
scrittura in u spaziu, chì immubilizeghja a materia primurdiali. U
tàrminu, u passaghju, a lìmita, sò tanti petri da adunì, unificà,
figurà è prefigurà l’essa in a so diminsioni ùnica è univirsali.
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Si parla suventi di a petra alzata di i Cèltichi ch’eddu si ritrova
sott’à a forma in campanili di i ghjesgi. Quandu si cilibrava u
cultu nant’à a petra, ùn s’addrizzava micca à a petra stessa, bensì
à u bè chì n’era divintata u sidili. Ancu oghji a messa rumana hè
cilibrata nant’à una petra posta in un biotu di l’altari, o in terra
sott’à l’altari, è dundi drentu sò cuntinuti rilìquii di santi, màrtiri
di prifarenza.
I petri ùn sò micca massi morti ; cusì i betili figùrani petri vivi
caduti dal celi ; fèrmani animati ancu dopu à a so caduta. Si
pudarìa truvà in u Zohar, in i cummenti di u Talmud è in i
Midrachim scritti nant’à i petri propiu si sommu intaressu. Sti
spiicazioni sarìani priziosi da capì u sensu di a petra in i tempi
andati.
Par vìa di u so caràttaru micca cambiatoghju, a petra
simbulizeghja a forza è dunqua a saviezza. Hè suventi assuciata à
l’acqua. Cusì Mosè, à l’intruta è à a sciuta di u disertu faci sbuttà
una surghjenti impittendu una petra (Eso., XVIII, 6). Or l’acqua
anch’edda simbulizeghja a saviezza. A petra mintueghja l’idea di
meli è d’oliu (Gen. XXVIII, 18 ; Deut. XXXII, 13 ; Ps. LXXX, 17).
Quand’una parsona citava u so paesi nativu usava à dì : “O la me
Palestina di latti è di meli…” Si pò ancu assumiglià a petra à u
pani. San Matteiu parla di u Cristu vidatu da u Spìritu in u
disertu, è u diàvuli li pruponi di fà pani di i petri.
A parola betili hà in Ebreiu u sensu di “casa di Diu” (Bet-el). U
sensu di Betleem (Bet-lehem), chì significheghja casa di pani, hè
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strittamenti apparintatu à Betel. Guglielmu di Saint-Thierry,
cummintendu unu scrittu di u cànticu di i càntichi sicondu a
Vulgata (II, 17) diciarà chì Betel significheghja a dimora di Dìu,
veni à dì a casa di i « veghji », di a vighjilanza. Pà quiddi chì ci
stani, a vighjilanza di u so cori li pirmetti di goda u sicretu di a
virità chì, da dopu, li culmarà a mimoria.
Citaraghju avà un usu nostru, anticu è più cà scunnisciutu. In i
tempi, in certi paesi di l’ìsula, vicinu à a ghjesgia, si truvava una
tola di petra. Nant’à sta petra a ghjenti si ghjurava è inghjiru ad
edda s’adunìani i capi di a cumunità paisana. Sta petra si
chjamava petra à l’aringu (o l’arringu). L’Aringu era l’accolta di a
cumunità sana.
Oghji si ni cunnosci dui in Corsica. Ci hè quidda di San Martinu
di Corduella, cumuna di Montemaghjore. Si trova vicinu à i ruini
di a ghjesgia di San Martinu situata in u centru di a necròpoli,
una petra detta petra di l’Aringu. Hè una tola longa dui metra,
larga nuvanta cintìmitri è spessa da quìndici à vinti cintìmitri. Era
sposa primitivamenti nant’à una tomba fatta d’arziglia è
incalcinata, piena ad ussacami.
L’Arringu di San Gavinu di Carbini si situava cù a so petra in
un cimiteriu antichìssimu. A petra forsa sposa nant’à quattru
culunetti di granitu furmendu cusì una tola com’è in
Montemaghjore.
I dui petri sò posti sopr’à sipulturi. L’ossa trovi in a tomba di
San Martinu ùn poni essa rilìquii d’unu o parechji santi, chì
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tandu sarìstini missi in ghjesgia. Si pò pinsà chì si tratta propiu di
un cultu di l’antichi è à a brama di a campagnalità è di a paisanità
d’accògliasi è di cunchjuda l’atti chì riguàrdani a cumunità – si pò
dì u cumunu – nant’à a tomba di l’antichi o di u fundatori di u
paesi. Si pò dà chì a ghjenti l’avissi fighjulati par santi.
Ma t’aveti dinò sti petri chì avànzani da i casi di prima, sò i petri
tistimonii. À chì ghjòvani ? Sèrvini da lià à l’antica, a casa nova
chì s’hà da fà da dopu. Paulu Zarzelli ni sciglìa quattru lizzioni. A
prima lizzioni hè quissa : da pudè crescia è furtificassi a nova casa
nicissiteghja l’antica. Di fatti, i gudimenti, i passatempi, u danaru,
a moda, u cunsumirìsimu ùn ani mai insignatu à l’omu u sensu di
a misura, di u ghjustu è di u veru. A siconda lizzioni di sti petri chì
avànzani hè quidda di u donu. Si tratta di fà i cosi da ciò ch’eddi
sò è micca da u prufittu. A terza lizzioni hè quidda di l’ecunumìa.
Ùn si faci micca una casa ogni ghjornu. Tocca à u più vechju ad
accenda u focu a prima volta, focu presu in a vechja casa
affiancata. A quarta lizzioni hè quidda di a tistimunianza. Sti
petri chì avànzani pòrghjini u missaghju di tutti l’innanzoni.
Cànnani u tempu senza chì i lizzioni ch’eddi manifèstani ùn
fùssini intarrotti. Bisogna à sapelli leghja.
Ci voli à scantà da u smintecu i suviddati accumulati da i savii.
Ci voli à pruvà di scopra u sensu ascosu di i cosi, di buscà in l’essa
in un tempu u prmitivu è l’eternu. Aia scrittu Pier Paolo Pasolini
chì a vita hè u sonniu di una cosa. A vidimu, forsa, ma ùn sapemu
micca veda ciò chè no vidimu. U parsunaghju chì era in cosa di
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veda era propiu u mazzeru, mizianu trà u locu visìbuli è u Locu
invìbuli, mizianu trà u sàlvaticu è u mansu, mizianu trà a morti è
a vita.
Ci sò dui pinsamenti maestri. U prima hè di Miguel de
Unamuno : « a tradizioni hè a sustanza di a storia ». u sicondu hè
di Pablo Neruda : « a lingua hè u sangui di u pòpulu ». Ordunqua,
Locu, storia, lingua sò i trè cumpunenti di a nostra cultura
cumuna chì, impastàtusi di leva in purleva, sò un acquistu in
traccia si sguagliassi. Ed hè a peghju viulenza. Ci hè una siquenza
in u so Vangelu dundi l’apòstulu Matteiu dici chì sò i viulenti chì
vìncini. Da a nàscita di Ghjuvan Battisti ad avà, u regnu di i Celi
pati a viulenza, è viulenti pùgnani di pussèdali.
Noialtri lacaremu chì ciò chì l’apòstulu scrissi dui milla anni fà
fussi a vìa di l’avvena di a nostra terra ? À Massimu l’ani toltu
tuttu ciò ch’eddu era. Eppuru ferma quì prisenti. Vidìa. Or quiddi
chì arrùbani, chì tòmbani, ùn voni chì nimu vidissi. U silenziu i
varda. Cunsidarèghjani chì tuttu hè soiu par vìa ch’eddi sò nati.
Si dani u vantu d’avè a libartà di fà ciò chì li pari. Di i leghji
ufficiali ùn n’ani nisuna primura. Eddi fàcini sicondu i leghji
ch’eddi ani stituitu. Sò pridaghji.
Più di centu anni fà, vescu Paulu Matteu de la Foata scrivìa :
“Dici un anticu : la leggi è una ragnata.
Passa la mosca, vi ferma ‘mpastuggiata ;
Passa un bóiu cù li corra,
Lassi pórta scarmigliata.
Dunqua u povaru lu teni ;
Ma lu riccu passa e veni.”
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È Massimu era una preda. A matina andava à i so fatti. Li tòlsini
a vita. Hè corsu u so sangui. Ma tù, caru Massimu, ùn sè stesu. Sè
rittu. In a splindurenti biddezza di a to ghjòvana ità.
Tù, caru Massimu, hà vistu ciò chì ùn và micca, l’hà ditta in
pùblicu. Hà analizatu l’affari è i toi i paroli sò ghjusti è veri. A
virità libareghja.Ma hè priculosa. Vedi, è vedi ciò chè tù vedi.
Sta petra varda a to parola è ci varda da impidacci à fà ciò chì ci
tocca à fà in ànima è cuscenza da i vivi insemu à i morti cù i so
ossa umiliati.
Ùn ci sarà mafia nè altru nimu chì ci mittarà u sassu in bocca.
Rinatu COTI

  1. IX. 2020