Corse Matin – Contre “la mafia”, des voix s’élèvent pour Maxime Susini

Sous l’impulsion de Core in Fronte, hier à l’université, plus de 800 personnes, de toutes mouvances nationalistes, de collectifs et syndicats, se sont rassemblées en hommage à Massimu. Avec la volonté de s’opposer à “la mafia”.

Corse Matin

Sous l’impulsion de Core in Fronte, hier à l’université, plus de 800 personnes, de toutes mouvances nationalistes, de collectifs et syndicats, se sont rassemblées en hommage à Massimu. Avec la volonté de s’opposer à “la mafia”.

L’injustice, la colère, le chagrin, la douleur. Et ce sentiment de vide, de vide immense, que rien ne pourra jamais combler. Nul, hormis ses proches et ceux qui ont perdu l’un des leurs de manière aussi injuste et brutale, ne peut imaginer ce que traversent la famille et les amis de Maxime Susini, assassiné le 12 septembre dernier à Cargese. Car derrière sa mort se profile l’ombre de ce que nombre de personnes n’ont pas hésité à nommer : “la mafia”.

Hier après-midi, sous l’impulsion de Core in Fronte, plus de 800 personnes de toutes les mouvances nationalistes et même au-delà, mais aussi de différents collectifs et syndicats insulaires, se sont rassemblées dans l’amphi Landry de l’université de Corse. Sur les murs du bâtiment, des graffitis pour Massimu. Avant d’entrer, des amis chantent en sa mémoire. Puis, une minute de silence sera respectée par la salle, avant de lancer les échanges.

“Ce n’est qu’ensemble qu’on la fera reculer”

Nombre de proches, de personnes qui l’ont connu, ont rappelé l’engagement, le militantisme et la droiture de Maxime Susini. “Massimu a été assassiné par la mafia, c’est la réalité, appuie Jean-Toussaint Plasenzotti, l’oncle de Maxime. Par une bande de Cargese, qui a été infiltrée par une bande puissante d’Aiacciu. Le 5 octobre, nous créons un collectif anti-mafia à Cargese. Si on peut faire quelque chose, c’est aujourd’hui, la mafia n’est pas si forte ! La réponse nous l’aurons tous ensemble et c’est tous ensemble que nous la ferons reculer.”

La “mafia” (ou “comportements mafieux”, “bandes mafieuses”, “petits groupes de la mafia” selon les intervenants pas toujours d’accord sur la sémantique) a été pointée du doigt comme agissant dans différents domaines : “Trafic de drogue, spéculation immobilière, transports, grande distribution…”, énumérait Paul-Félix Benedetti.

Et les échanges ont eu des airs de catharsis de la société corse. Léo Battesti et Jean-Félix Acquaviva, entre autres, ont admis “la porosité avec la mafia qui touche tous les mouvements politiques”. Même si les leaders nationalistes comme Michel Castellani et Jean-Christophe Angelini attribuent “la plus grande responsabilité” à l’État, “qui poursuit ceux du mouvement national mais laisse filer le grand banditisme”. Pour Gilles Simeoni aussi – en déplacement au Pays Basque – l’État “porte une lourde part de responsabilité”, décrivait-il dans un communiqué lu à la foule. “Parce que la Corse est à un point de bascule, entre la liberté et la terreur”, le président de l’Exécutif préconise de suivre “la voie démocratique”. Tout comme François Sargentini.

Certaines voix s’élèvent pour dénoncer (sans les nommer) ces “maires qui prennent des valises et l’État qui ferme les yeux”, les menaces qu’ils reçoivent ou encore “les amitiés” entre certains nationalistes et des personnes suspectées d’appartenir à des “bandes mafieuses”.

Les voix d’U Levante se sont élevées pour demander : “Pourquoi la Collectivité unique n’est pas aux côtés des associations de défense de l’environnement qui luttent contre la spéculation immobilière ? La CdC peut se porter partie civile, cela aurait plus de poids.”

“Nous avons toujours voté contre la spéculation, défend Hyacinthe Vanni. Nous n’avons jamais dérogé au Padduc. Mais qui dépose les dossiers ? Les maires et l’État”, rétorque-t-il.

Dans la foule, des propositions commencent même à émerger : appel au boycott des commerces et entreprises suspectés d’être liés à ce “système mafieux“, l’engagement des élus dans les tribunaux administratifs, ou encore “enlever aux maires le pouvoir d’attribuer des permis de construire” et même “demander dans le Code pénal l’introduction du délit d’association mafieuse”.

“Il ne faut pas opposer société et politique, c’est dangereux”, ajoute Paul-André Fluixa. “Je salue les élus qui ont eu le courage de parler de porosité, remarque Christophe Amadei. Si vous connaissez des brebis galeuses, réglez les comptes entre vous.”

À la fin des échanges, Paul-Félix Benedetti a salué “la présence durant tout le débat de Francescu Susini, père de Massimu”. Toute la salle s’est alors levée pour un témoignage de soutien.

Si les échanges ont été constructifs, chacun a conscience que, pour réussir, le combat qui se profile implique endurance, courage, solidarité. Et unité.

Source : https://www.corsematin.com/article/article/contre-la-mafia-des-voix-selevent-pour-maxime-susini

Le Parisien – «On ne se taira plus» : en Corse, ils se lèvent contre la mafia

Après un nouvel assassinat sur l’île, plusieurs initiatives ont été lancées pour sensibiliser la société civile face à l’emprise de la mafia. Et à ne plus garder le silence.

 Corte, le 29 septembre. Jean-Toussaint Plasenzotti, l’oncle de Massimu Susini assassiné à Cargèse le 12 septembre.
Corte, le 29 septembre. Jean-Toussaint Plasenzotti, l’oncle de Massimu Susini assassiné à Cargèse le 12 septembre. LP/Pierre Murati

Il fut un temps lointain où Corte était le nombril du monde. Au XVIIIe siècle, capitale d’une Corse indépendante, la ville était admirée par les Lumières. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’un joli bourg de montagne, à mi-distance de Bastia, la septentrionale, et Ajaccio, la méridionale. Mais elle reste un symbole pour la famille nationaliste. Ce dimanche après-midi, dans un amphi bondé de l’université Pasquale-Paoli, le mouvement indépendantiste Core in Fronte invitait à un débat pour « faire échec à la mafia ». Comme souvent sur l’île, un assassinat a servi d’électrochoc.

Le 12 septembre dernier, vers 7h50, un des compagnons de route de Core in Fronte, Maxime, dit « Massimu » Susini, 36 ans, ouvre son restaurant de plage à Cargèse (Corse-du-Sud) lorsqu’il est touché de deux balles tirées depuis les buissons. Le tireur avait coupé des branchages pour s’étendre sur le sol, plus à son aise… S’il n’entretenait aucun lien avec le Milieu, cet agriculteur et paillotier avait été plusieurs fois condamné pour port d’arme prohibé, refus de prélèvement ADN ou encore jet de projectile sur les forces de l’ordre dans le cadre de ses activités de militant et son passe-temps de supporteur de foot.

Pour la justice, il est encore trop tôt pour privilégier une hypothèse sur une autre. Piste privée, différend commercial, tentative de racket… Pour ses amis, qui ont tagué les murs de l’université – « On ne se taira plus, aujourd’hui on parle pour toi ! » – il ne faut pas chercher très loin les assassins. « Ils ont tiré comme à la fête foraine, enrage, les larmes aux yeux, l’oncle du défunt, Jean-Toussaint Plasenzotti, professeur de corse. Nous savions qu’il était menacé de mort. Et lui aussi en était conscient. »

Sur l’île, 100 propriétaires de voitures blindées

« Ils » ? « Une petite bande locale impliquée dans le trafic de drogue et le racket, adossée à un groupe d’Ajaccio, poursuit l’oncle. Massimu s’était opposé physiquement à eux. Il a fait savoir son désaccord. Mais il n’a pas voulu s’armer, refusant de vivre lui-même comme un voyou. Nous ne sommes pas face à une mafia constituée mais face à une mafia en voie de constitution. Elle avance. Si on ne l’arrête pas, elle fera encore un pas de plus… » Plus d’un millier de personnes étaient présentes aux obsèques, signe que le deuil cette fois était partagé au-delà du cercle nationaliste.

En rendant hommage au militant depuis la tribune de Corte, Jean-Félix Benedetti, chef de file de Core in Fronte, a rappelé ces « 375 homicides en vingt ans » dont « 4 maires en exercice, un avocat, un haut fonctionnaire, deux enseignants, un restaurateur, un paisible retraité et bien d’autres… » Depuis la mort de Susini, trente personnalités corses ont lancé un collectif anti-mafia. Parmi eux, un prix Goncourt, Jérôme Ferrari ou encore un ancien chef du FLNC reconverti dans les échecs, Léo Battesti. « Oui, la société corse a peur, tout le monde a peur. Moi aussi j’ai peur, admettait récemment ce dernier dans un entretien à Corse-Matin. Il faut que la société civile, trop silencieuse, se réveille. » Il y a du travail : selon un décompte effectué par le quotidien Le Monde, on estime à près de 100 le nombre de propriétaires de voitures blindées sur l’île, une « pour 3 000 habitants ».

L’assassinat de Massimu marquera-t-il un tournant ? On aimerait le croire. Mais de débats sur la violence à l’assemblée de Corse au récent collectif anti-mafia, les nombreuses initiatives passées n’ont jamais réussi à enrayer l’emprise du crime organisé. En 2012, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault déclarait : « La violence et l’affairisme ont atteint dans l’île un niveau sans commune mesure avec les autres régions françaises. Et cette situation menace les fondements mêmes de la société en Corse ». Qui s’en souvient ?

Source : http://www.leparisien.fr/faits-divers/on-ne-se-taira-plus-en-corse-ils-se-levent-contre-la-mafia-29-09-2019-8162697.php