Brut – Corse : une île face à la mafia

Première région d’Europe en nombre de règlements de comptes, la Corse est frappée par la violence de la mafia. Brut a pu rencontrer ceux qui dénoncent son emprise à visage découvert. Au pays de l’omerta, les langues se délient. Une co-production Brut et C Politique

Brut s’est rendu sur l’île, à la rencontre de ceux qui dénoncent ’emprise de la mafia à visage découvert.

  1. C’est le nombre d’homicides ou de tentatives d’homicide qui ont été recensés en Corse depuis 2004. L’île est ainsi devenue la première région européenne en nombre de règlements de compte. Notre reporter Raphaël Tresa a pu rencontrer ceux qui dénoncent l’emprise de la mafia à visage découvert.

Car au pays de l’omerta, les langues se délient depuis la mort de Maxime Susini en septembre dernier. L’homme appartenait au mouvement nationaliste, mais il était aussi connu pour son engagement pour la préservation de l’environnement. Un militantisme qui dérangeait les mafieux de cette région du sud de la Corse.

« Toute personne en Corse qui lève la tête est susceptible d’être en danger »

Pour l’oncle de Maxime, Jean-Toussaint Plasenzotti, ce sont ses engagements qui lui ont coûté la vie. Depuis l’assassinat, il a fondé le collectif anti-mafia Massimu Susini. « Une petite bande de voyous de petite envergure a commencé à s’organiser à Cargèse autour de la drogue, dans un premier temps. Et puis elle a commencé à avoir des ambitions plus importantes de racket, et Maxime s’y est opposé », raconte Jean-Toussaint Plasenzotti.

Pour lui, les mafieux ont fait quelque chose d’irréversible et doivent en payer les conséquences. « Il y a des personnes qui n’accepteront pas que ces crapules s’emparent du territoire cargésien. Toute personne aujourd’hui en Corse qui lève la tête, qui lève les yeux, qui ouvre la bouche, est susceptible d’être en danger. Mais de toute manière, je ne me crois pas plus en danger que si je ne parlais pas », constate-t-il avec rage.

Mais les choses sont en train de changer, selon lui. « Les gens donnent leur nom, leur numéro de téléphone, leur courriel. Ce n’est pas évident en Corse », analyse Jean-Toussaint Plasenzotti. Il affirme cependant que les bandes ont établi une liste de gens à tuer, et que Massimu était le premier de cette liste. « Il y a une urgence de sécurité pour les personnes en question. Là, on n’en est même pas à proposer un modèle alternatif, on est sur la défensive. C’est-à-dire survivre physiquement et survivre socialement. »

« La population ne peut être que retranchée chez elle »

Si les citoyens sont les premières victimes de la mafia, le crime organisé s’attaque aussi aux maires. Le 23 août 2018, un homme cagoulé tire sur les caméras de surveillance de la mairie de Centuri. Là-bas, les terrains en bord de mer valent de l’or, ce qui attise la convoitise. Sur la façade, plusieurs impacts de petits plombs. « Le message est très clair : la population ne peut être que retranchée chez elle », déplore David Brugioni, maire de Centuri de 2014 à 2020.

Il poursuit : « Le problème de l’urbanisme en Corse, c’est le nerf de la guerre, parce que dans les régions très convoitées comme le littoral avait été ouvertes à la spéculation pour rendre constructibles certains secteurs au détriment d’autres. Et c’est là où le bât blesse. On privilégie l’intérêt particulier de certaines personnes au détriment de l’intérêt général. »

« Des affaires qui ont touché les collectivités, des fonctionnaires corrompus »

Claude Chossat est un ancien de la Brise de Mer, un gang qui a régné pendant plus de 20 ans sur le nord de l’île. Il se dit repenti. Quand Brut l’a filmé en octobre 2019, il se cachait, très loin de la Corse. Pour lui, le problème n’est pas près d’être résolu : « Quand j’entends certains qui disent qu’en Corse, il n’y a pas de mafia, ça me fait rire, parce que tout démontre le contraire. Vous avez des affaires qui ont touché les collectivités, des affaires qui ont touché le Conseil général, des fonctionnaires corrompus… Et tout ça, c’est la définition d’un système mafieux. »

D’après Claude Chossat, l’argent des mafias est réinjecté dans l’économie locale, donc des affaires tout à fait légales. « Quelqu’un arrive, ouvre une affaire. L’affaire commence à avoir bonne presse et à fonctionner, ça attire la convoitise des voyous qui vont racketter. Si le commerçant n’accepte pas, soit on va le bastonner, soit on va lui mettre une charge explosive devant sa brasserie ou son restaurant pour qu’il paye. »

« Aujourd’hui, ça part un peu dans tous les sens »

Il explique la montée de la violence en Corse par le changement du paysage mafieux. « Par le passé, les rênes étaient tenues par deux clans, la Brise de Mer au nord, le clan Colonna au sud. Ils réussissaient à s’entendre et à établir une hiérarchie. Aujourd’hui, ça part un peu dans tous les sens, avec des équipes qui arrivent en périphérie et qui sont extrêmement violentes, notamment dans la région ajaccienne et la région de Cargèse. »

Depuis notre tournage en octobre 2019, Claude Chossat a été condamné à huit ans de prison pour complicité d’assassinat d’un des barons de la Brise de Mer. Après le verdict, sa femme a dénoncé un jugement, qui pourrait dissuader tous ceux qui veulent briser l’omerta. « Les gens ne parleront pas. On prouve bien que ceux qui viennent de parler, on les considère comme rien… Le président a reconnu qu’il a servi à la justice, mais en attendant, il a été condamné comme s’il était le baron de Brise de Mer », s’insurge Sandrine Chossat.

Source : https://www.brut.media/fr/news/corse-une-ile-face-a-la-mafia-53d6ef16-d608-4822-a592-4f39d29cf8ea

France 2 – Le collectif qui veut nettoyer la Corse de sa mafia

Claude Chossat, le “repenti” corse de la Brise de mer, a été condamné à huit ans de prison. Le gang est aujourd’hui décimé par les règlements de comptes, mais les assassinats continuent sur l’île. L’oncle d’un militant indépendantiste assassiné a pris la tête d’un collectif de résistance à la mafia.

La justice a condamné à huit ans de prison Claude Chossat, le repenti” corse que le clan mafieux de la Brise de mer aurait voulu faire taire. Quant au gang qui devait son nom à un bar sur le port de Bastia, il est aujourd’hui décimé par les règlements de comptes. Mais les assassinats continuent sur l’île… Il y en a eu dix depuis le début de l’année 2019.

En septembre, le meurtre de Maxime Susini, un jeune nationaliste de Cargèse qui s’opposait à la mafia locale, fait enfin sortir la Corse du silence. Son oncle, Jean-Toussaint Plasenzotti, est à l’origine de la création du collectif antimafia Massimu Susini. Leur objectif : nettoyer la Corse de sa mafia, avec l’aide de l’Etat.

Ce collectif “était devenu une nécessité, déclare Jean-Toussaint Plasenzotti à “Complément d’enquête”. On ne pouvait pas laisser cette attaque contre notre peuple sans réponse.” Les responsables du groupe ont subi des pressions et des menaces. “On nous dit ‘Si vous parlez, on va vous tuer’. Oui, mais si on ne parle pas, on va nous tuer quand même… Alors on parle – et on meurt”, continue-t-il. 

Elargir les critères pour l’obtention du statut de repenti, suivant l’exemple italien

Quant à Claude Chossat, pour lui, “c’est un repenti, c’est clair”. Mais celui-ci, accusé d’avoir participé à l’assassinat de Richard Casanova (l’un des barons de la Brise de mer) n’a pas bénéficié du statut officiel de “collaborateur de justice”. Selon le collectif antimafia, il faut définir des critères plus larges pour l’attribution de ce statut.

La justice française pourrait s’inspirer de l’Italie, où même un criminel peut l’obtenir. Immoral ? “Qu’est-ce que qui est le plus moral  ? questionne Jérôme Mondolini, un membre du collectif. Qu’une personne, par sa contribution, empêche la mafia de continuer à prendre le pouvoir ? Ou bien de laisser la mafia prospérer ?”

Extrait de “Chossat, le repenti corse”, un reportage diffusé dans “Complément d’enquête”  le 28 novembre 2019.

Source : https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/meurtres/assassinats-en-corse/video-le-collectif-qui-veut-nettoyer-la-corse-de-sa-mafia_3723969.html

France 3 Via Stella – Assassinat de Maxime Susini : la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille devrait se saisir de l’enquête

La demande du procureur d’Ajaccio est intervenue il y a déjà plus de 3 semaines. L’enquête sur l’assassinat de Maxime Susini, commis le 12 septembre dernier, doit être transférée dans la semaine à un magistrat de la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille. 

La juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille devrait se saisir de l’enquête sur l’assassinat de Maxime Susini d’ici la fin de la semaine. La demande en avait été faite début novembre par le procureur d’Ajaccio Éric Bouillard.

Selon nos informations, les services de la gendarmerie et de la police judiciaire seront co-saisis. Depuis l’assassinat le 12 septembre dernier à Cargèse, le collectif Massimu Susini ne cesse de dénoncer un crime commis par une bande maffieuse. 

Assassinat de Maxime Susini : la Jirs de Marseille devrait se saisir de l’enquête 
Intervenants – Josiane Chevalier, préfète de Corse. Equipe – Dominique Moret ; Jean-André Marchiani ; Dominique Lameta.

Le transfert du dossier à la Jirs est perçu comme une confirmation. « La Jirs, traite des affaires, habituellement, à partir du profil de la victime. Cette fois-ci, c’est à partir du profil des assassins. C’est une bande criminelle organisée qui dépasse le village de Cargèse », expliquait Jean-Toussaint Plasenzotti, oncle de Maxime Susini, le 5 novembre dernier. 

Polémique

Ce rebondissement intervient en pleine polémique. Dans une lettre, le collectif Massimu Susini a accusé vendredi la préfète de Corse de ne rien faire pour endiguer la maffia. Ce lundi, Josiane Chevalier répond en exhortant le collectif à donner des éléments qui permettront d’orienter le travail des services de l’Etat. 
 

Quant au mot de Mafia : « Le terme mafia n’est pas approprié en Corse, surtout quand on regarde l’histoire de la mafia en Italie. On n’est pas du tout dans les mêmes organisations. Néanmoins, je ne conteste pas et je ne l’ai jamais contesté. Mes propos ont été déformés, cessons de faire de la querelle sémantique, passons ensemble à l’action », soutient Josiane Chevalier. 

En matière d’action, les attentes sont nombreuses. Bien plus nombreuses que les condamnations pour assassinat devant une cour d’assise

Source : https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/assassinat-maxime-susini-juridiction-interregionale-specialisee-marseille-devrait-se-saisir-enquete-1751311.html

France 3 Via Stella – Le collectif Massimu Susini accuse les institutions corses et l’État d’inaction contre la mafia

Création du collectif le 5 octobre 2019

Le collectif Massimu Susini a adressé une lettre à la collectivité de Corse et une à la préfète de région le 15 novembre. Il y dénonce une inaction des institutions contre la mafia, notamment dans le secteur foncier, et s’inquiète d’ « un glissement de la société vers un sombre avenir. »

« Reconstruisez la digue ! Agissez ! Menez le combat ! Votre soutien ne peut être seulement moral », appelle le collectif Massimu Susini dans une lettre adressée à la collectivité de Corse (CDC) le 15 novembre. 

Ce combat est celui contre la mafia dont le collectif dénonce la dérive au sein de la société insulaire depuis sa création en octobre dernier

Un secteur est particulièrement ciblé : le foncier. « On n’a jamais autant construit en Corse qui bat le triste record français du pourcentage de résidences secondaires. Défendre la terre […] et en particulier les terres agricoles […] doit demeurer un des fondamentaux pour la survie et l’avenir de notre communauté historique », soutient le collectif. 

Une terre que, selon lui, la collectivité de Corse ne protège pas assez. «Depuis l’élection d’une majorité nationaliste, la frénésie spéculative n’a pas été freinée, mais s’est, au contraire, inexplicablement accélérée», accuse-t-il. 

« Ne pas agir est criminel »

Un des moyens d’action avancé par le collectif Massimu Susini pour lutter contre l’emprise mafieuse dans le foncier réside dans l’application du plan d’aménagement et de développement durable de la Corse. Pour cela, il demande à la CDC de rejoindre les associations, anti-mafia et de lutte pour la protection de l’environnement, dans leurs démarches juridiques. « Ne pas agir est criminel, dans la mesure où vous laissez notre peuple et les associations démunis face aux mafieux », interpelle le collectif. 

Dans le viseur du rassemblement anti-mafia notamment : « Quelques familles [qui] contrôlent la part la plus rentable de notre économie. » Des familles que « quelques équipes de mafieux dominent et protègent sans être inquiétées par l’État. »

« Je n’aime pas employer ce mot »

Et c’est à la représentante de l’État, Josiane Chevalier, préfète de Corse, que le collectif Massimu Susini a adressé sa seconde lettre. Interrogée à propos de la mafia sur le plateau de France 3 Corse ViaStella, il lui reproche d’avoir déclaré : « Je n’aime pas ce terme. Je n’aime pas employer ce mot ». 

Une position sur laquelle s’interroge le collectif. « Combien de citoyens menacés, de familles détruites, de Massimu Susini assassinés pour que vous acceptiez de nommer le mal qui gangrène notre société insulaire ? » Il continue : « La mafia est l’ennemie du peuple corse. Elle s’en prend aux Corses qui travaillent honnêtement […]. Elle n’attaque pas l’État français qui semble, par son inaction, et son refus de la nommer, lui permettre de s’étendre et de prospérer.»

« Nous n’avons pas attendu votre interpellation pour agir »

Une mise en cause à laquelle a répondu Josiane Chevalier dans un courrier, le 18 novembre. Elle indique : « Nous n’avons pas attendu votre interpellation pour agir dans le respect des lois et règlement pour contrer les dérives que vous évoquez. » 

La préfète de Corse invite dans le même temps le collectif Massimu Susini à se rapprocher des autorités lorsqu’il est alerté de faits de « racket » ou de « marchés publics truqués ». Concernant la spéculation immobilière, Josiane Chevalier rappelle les actions menées par les services de l’État quant au domaine public maritime. 

Elle continue : « J’ai parfaitement conscience que dans ce combat contre toutes les formes de violence nous devons encore aller plus loin dans le cadre des procédures prévues et des compétences de chacun. » 

Ainsi, afin de « mettre un coup d’arrêt au glissement de la société corse vers un sombre avenir », le collectif Massimu Susini demande à être reçu à la collectivité de Corse. « Si nous sommes tous acquis à l’intérêt commun de la Corse et des Corses, il n’y a aucune raison pour que nous ne trouvions pas de solution au grave danger qui pèse sur nous », insiste-t-il. 

Le collectif Massimu Susini a été créé suite à l’assassinat du jeune restaurateur, à Cargèse, en septembre dernier. Cet assassinat a été l’élément déclencheur d’une libération de la parole citoyenne insulaire contre la grande criminalité et la dérive mafieuse. 

Source: https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/haute-corse/corse/collectif-massimu-susini-denonce-inaction-institutions-corses-etat-contre-mafia-1750719.html

France 5 – C politique, la suite

L’enquête – Corse : une île face à la mafia.

L’enquête – Corse : une île face à la mafia – C Politique, la suite

Direction la Corse où une partie de la population de l’île commence à se lever pour dire non à un mot qui était jusqu’ici tabou : la mafia.

L’assassinat d’un jeune militant nationaliste de 36 ans, il y a un mois à Cargèse, a été un déclic pour la société civile corse, qui veut désormais se dresser contre “l’emprise mafieuse” qui règne sur l’île. En plateau, Jean-Toussaint Plasenzotti, l’oncle de la victime, viendra témoigner.

Source : https://www.france.tv/france-5/c-politique-la-suite/c-politique-la-suite-saison-3/1083869-c-politique-la-suite.html

RTL/M6 – Corse : après l’assassinat de son neveu, il lance un collectif anti-mafia

Depuis plusieurs mois, incendies criminels d’entreprises, mitraillages de supermarchés, et assassinats se multiplient. 10 homicides déjà depuis le début de l’année. Mais la mort d’un jeune corse a provoqué un électrochoc parmi la population.

Corse : ils défient la mafia

Jean-Toussaint Plasenzotti ne veut plus de cette société du silence qui mine la Corse. Alors, il a lancé un collectif anti-mafia à Cargese. 

Il y a quelque mois, Jean-Toussaint Plasenzotti n’aurait jamais imaginé se retrouver ici, à prendre la parole en public mais depuis le 12 septembre dernier, il n’a plus peur, depuis la mort de son neveu, Maxime. Maxime Susini avait 36 ans, militant nationaliste, défenseur de l’écologie, il était aussi restaurateur, patron d’une paillote située sur la plage de Cargèse.

Si Maxime Susini a été plusieurs fois condamné par la justice pour port d’armes prohibé ou jet de projectile sur les forces de l’ordre, il n’avait pas de lien avec le crime organisé selon le procureur d’Ajaccio, en charge de l’enquête.

Son assassinat a soulevé une vague d’indignation sur toute l’île et provoqué un électro choc parmi la population.

Son oncle dénonce “l’alliance des bandes de voyous” qui se rendent service “Aide-nous à tuer untel à Ajaccio, on t’aidera à te débarrasser de celui qui te gêne à Cargèse”, l’impuissance de l’Etat mais aussi la connivence entre voyous et “une partie du monde économique et du monde politique”.

Source : https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/video-corse-apres-l-assassinat-de-son-neveu-il-lance-un-collectif-anti-mafia-7799221287

BFMTV – En Corse, des voix s’élèvent contre la mafia locale

Sous fond de rackets et d’exactions, une partie de la société corse a décidé d’agir contre l’organisation criminelle. 

Depuis l’assassinat le 12 septembre dernier sur une plage de Cargèse, en Corse, de Maxime Susini, un militant nationaliste tué dans sa paillote, l’émotion est grande sur l’Île de beauté.

La semaine passée, près de 800 personnes étaient réunies dans l’amphithéâtre Landry de l’université de Corse à Corte, afin de lui rendre un dernier hommage. Interrogé par BFMTV, son oncle Jean-Toussaint Plasenzotti participait à cet hommage. Pour lui, les coupables sont évidents: il s’agit de la mafia locale. 

“Maxime a très clairement montré qu’il s’opposait à ces pratiques, ils savaient qu’avec lui à Cargèse, ce serait difficile de s’approprier le territoire. Ils l’ont assassiné pour cette raison”, explique ce dernier. 

“Incapacité de l’Etat”

Alors, afin de tenter de faire bouger les lignes, une trentaine de personnalités locales ont décidé de rompre le silence, dénonçant publiquement les procédés de la mafia locale.

“Que ce soit le secteur du tourisme, celui du bâtiment, les chantiers sont régulièrement visés, il n’y a aucun secteur qui échappe à ce type d’actes. Il y a une incapacité de l’Etat en terme de résultats à trouver les coupables”, assure Marie-France Giovannangeli, une commerçante insulaire.

Dans le quotidien Corse-Matin, l’oncle de la victime a également affirmé vouloir mettre en place un collectif anti-mafia à Cargèse, lieu de l’assassinat. Pour lui, la lutte contre les rackets et les exactions qui se multiplient dernièrement passe par l’unité.

“Si on peut faire quelque chose, c’est aujourd’hui, la mafia n’est pas si forte! La réponse nous l’aurons tous ensemble et c’est tous ensemble que nous la ferons reculer”, assure-t-il. 

Omerta? 

Du côté des pouvoirs publics, on assure tout faire pour endiguer la criminalité. Sur BFMTV, Franck Rastoul, procureur général de la cour d’appel de Bastia, estime cependant qu’il est difficile de “travailler sur la criminalité organisée et sur les règlements de compte” qui sont, par définition, “des milieux opaques, hermétiques.”

De fait, la justice se heurte également à une certaine forme d’omerta. “On a aussi besoin que toute la société concoure à ce qu’on appelle l’œuvre de justice. C’est pour cela que le recueil des témoignages, qui peut-être complexe à cause d’un phénomène de crainte que l’on peut entendre”, précise ce dernier.

Dans les jours à venir, une session extraordinaire de l’Assemblée de Corse devrait également aborder le sujet. 

Source : https://www.bfmtv.com/societe/en-corse-des-voix-s-elevent-contre-la-mafia-locale-1779845.html

France 3 Via Stella – Lutte contre la mafia : cinq choses à retenir du rassemblement de Corte

Ils étaient plus de 800, ce dimanche 29 septembre, à Corte. Pour rendre hommage à Massimu Susini, et débattre de l’emprise du grand banditisme sur l’île. Un débat où seuls les nationalistes étaient présents, et où la parole s’est libérée, même si les non-dits restent nombreux…

  • A l’origine, la mort de Massimu Susini​​​​

Il serait illusoire de penser que, jusque-là, tout allait bien. Les assassinats, les menaces, les pressions diverses, les corruptions, sont devenus, en Corse, la litanie qui rythme le quotidien des insulaires. 

Mais la mort de Maxime Susini, militant de Core In Fronte tué par balles le 12 septembre dernier à Cargèse alors qu’il se rendait à la paillote dont il est le gérant, a fait office d’electrochoc.

Les condamnations sont unanimes, venues du milieu politique, associatif, comme des particuliers, qui, à travers l’île, témoignent de leur soutien et de leur agacement devant la mort du jeune homme de 36 ans. 

Mais plus qu’un agacement, cet agacement récurrent qui la saisit lors de chaque fait divers du genre, c’est cette fois un vrai ras-le-bol que l’on sent dans l’opinion publique. 
Et le besoin d’enfin l’exprimer à haute voix. 

C’est Core In Fronte, le mouvement nationaliste dont Massimu Susini était l’un des militants, qui en appelant à ce débat dominical à Corte, leur en a fourni l’occasion. 

Entretien avec Paul-Félix Benedetti, chef de file de Core in Fronte
  • Un débat entre nationalistes

Plus de 800 personnes avaient fait le déplacement jusqu’à Corte, et l’amphi Landry de l’université peinait à accueillir toutes celles et tous ceux qui avaient voulu témoigner de leur affection et de leur respect à Massimu Susini, mais également dire ce qu’elles et ils avaient sur le cœur.

Toutes les mouvances nationalistes étaient là, et pas une des figures du mouvement ne manquait à l’appel.
Ou presque.

Gilles Simeoni était en déplacement au Pays-Basque, et Jean-Guy Talamoni, au congrès des régions à Bordeaux…

Le président de l’exécutif a fait lire un message par Lauda Guidicelli, où il affirme que “la Corse est à un point de bascule entre la liberté et la terreur”.

Les collectifs, les syndicats, l’ensemble de la famille nationaliste, au sens le plus large, était réunie, amis, et ennemis, d’hier et d’aujourd’hui.

Et parfois, les échanges ont été vifs, témoignant des rivalités et des histoires passées, toujours fortement enracinées au sein du mouvement….

Hommage à Massimu Susini

Les autres sensibilités politiques n’étaient pas vraiment représentées.
Dans l’assistance, on apercevait des gens de droite, de gauche, mais pas d’élus envoyés par les autres groupes. 

Certains, même parmi les nationalistes, ont déploré que le débat, un débat majeur qui concerne l’ensemble de la Corse, n’ait pas été mené en présence d’autres sensibilités politiques.

  • L’émergence de propositions

Hier, à Corte, la parole s’est libérée. Et ce dont on se contentait de chuchoter le nom, jusque-là, a fait son apparition dans les débats.
Et de quelle manière.

Ainsi Ghjuvan’Santu Plasenzotti, oncle de Massimu, l’a martelé avec dignité :

« Ci hè una maffia in Corsica, Massimu hè statu assassinatu da a maffia. (…) Quelli ch’anu tombu à Massimu sò quelli chì volenu piglià u putere, u veru putere. »

Débat Corte Mafia

Mafia, truands, grand-banditisme, ce système, pas vraiment nouveau sur l’île, et pour certains même, que cela arrange, consubstantiel de la Corse, a fait l’objet de toutes les interventions. 

L’après-midi, à Corte, a fait office de catharsis pour nombre d’insulaires qui, depuis trop longtemps, gardaient pour eux lassitude, colère, découragement…

L’existence même d’un tel débat a réveillé l’espoir d’un changement. 
Et plutôt que les voeux pieux, et un constat fait par dépit, les propositions ont commencé à fleurir. 

Soulignant le paradoxe d’une île où l’on peut se scandaliser de la dérive mafieuse à la terrasse d’une pizzeria tenue par un truand…
Le boycott, par exemple :

Mais aussi l’engagement d’élus dans les tribunaux administratifs, ou “enlever aux maires le pouvoir d’attribuer des permis de construire”…

Plus d’une fois, idées et propositions ont tourné autour de la volonté d’assurer une étanchéité entre le grand banditisme, et la classe politique.

  • Les politiques interpellés et mis en cause

L’Etat, sans grande surprise, a été beaucoup pointé du doigt. Son “manque d’initiative”, son “incapacité à lutter contre ces dérives”, “sa tolérance”

Mais les politiques insulaires ne sont pas épargnés, à tous les niveaux. 
Et certains n’hésitent pas, dans l’assistance, à parler d’ententes, de double-jeu, d’amitiés peu avouables…

Là encore, ont été verbalisées et dénoncées des choses qui, jusque-là, étaient sues, et le plus souvent, tues. 
La discussion a tourné autour de systèmes, de manières d’agir, de compromissions. 

DEBAT CORTE

Plusieurs politiques, à la tribune, ont admis “une porosité avec la mafia qui touche tous les mouvements politiques”. 

Ce à quoi Christophe Amadei, dans le public, a apporté une réponse claire et nette : “Si vous connaissez des brebis galeuses, réglez vos comptes entre vous.”

  • Un collectif anti-mafia qui pourrait essaimer

La première conséquence de ce sursaut civil consécutif à la mort de Massimu Susini, avant même le débat du dimanche 29 septembre, ce fût la création, mercredi dernier, du collectif  “Maffia nò! A vita iè!”.

Une trentaine de personnalités a lancé, à Ajaccio, un appel pour une prise de conscience, et un soulèvement, contre un état de faits qui semble, chaque jour, plus préoccupant. 

Hier, Jean-Toussaint Plasenzotti, l’oncle de Massimu, annonçait la création, le 5 octobre prochain, d’un collectif anti-mafia à Cargèse….

La Corse, peut-être, a pris conscience que l’indignation individuelle n’avait de sens que si elle débouchait sur des initiatives communes. 

Histoire de montrer que cette indignation existe.
De la faire entendre. 
Pour prouver à Paris, à la classe politique, et à la mafia, que les Corses n’ont pas appris à vivre avec le grand banditisme. 

Reste à apprendre à parler d’une même voix. 


L’analyse d’Henri Mariani

Dans le miroir de la société Corse, se reflétait hier à Corte, la silhouette de la mouvance nationaliste. Car à l’exception de quelques associations, comme U levante, le sursaut populaire tant espéré n’a pas fait sortir la société civile de sa torpeur.

Un peu comme si ce débat, devenu pourtant un phénomène de société, était perçu comme un problème exclusivement nationalo-nationaliste.

Eux-mêmes restent parfois sanglés dans des postures qui font émerger leurs divergences, comme la création de deux collectifs contre la mafia. Celui présenté à Ajaccio il y a 5 jours, et l’autre annoncé hier à Corte par l’oncle de Maxime Susini.

Le ton de certaines interventions hier, les non-dits et les accusations à peine voilées, démontrent que les haines recuites et les tensions du passé sont toujours vivaces. Les accords de Migliacciaru en Juillet 1999, ont certes scellé la paix entre les frères ennemis du nationalisme, mais n’ont manifestement pas effacé le souvenir douloureux des années de plomb. 

Les noms de Robert Sozzi militant du FLNC tué par ses frères d’armes en 1993, ou encore celui de Franck Muzy assassiné en 1994 ont résonné à la tribune hier, jetant un voile sombre sur une démarche indispensable de moralisation de la vie publique. 

Et puis il y a également ces tags, sur un mur de Bastia, qui visent des membres présumés du grand banditisme, mais aussi Alain Orsoni et Charles Pieri avec ce mot, « Fora », « dehors », une injonction habituellement réservée à l’État dans la phraséologie nationaliste.

Corsica Libera ne sous-estime d’ailleurs pas la portée de ces graffitis et leurs conséquences éventuelles. Dans un communiqué le parti indépendantiste écrit : « Les tags qui fleurissent sur les murs ravivent les plus mauvaises années de notre histoire ».

Source : https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/haute-corse/lutte-contre-mafia-cinq-choses-retenir-du-rassemblement-corte-1729689.html